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FORTIER Natali
AUTEURS - 5 mai 2009
Si vous laissez traîner un arrosoir dans le jardin de Natali Fortier, il y a de fortes chances que vous le retrouviez sous forme de papillon ou de fusée spatiale, ou de chapeau. Natali accapare le petit monde qui l’entoure, change le destin d’objets sans grand avenir. Sinon, elle écrit et illustre des récits pour la jeunesse. Près de trente albums parcourus d’une gaie mélancolie ou d’une tristesse affable, c’est selon.

Elle tient son accent du Québec mais vit aujourd’hui en France. Son CV mentionne plusieurs écoles d’art. Elle tient toutefois à préciser qu’elle n’est jamais allée jusqu’au bout.

Elle sculpte et grave, peint de grandes toiles exemptes de personnages. Les personnages sont partout ailleurs : ce pinceau, cet entonnoir, au bout des doigts. Passer du petit au grand format. Bricoler des trucs, changer. En séance de dédicaces, on l’a vue dessiner des deux mains.

« Parfois, des gens me racontent des choses que je n’écoute pas. J’observe l’expression de leur visage, c’est le plus important ».

On lui dit : il y a beaucoup de bleu dans vos travaux. « J’adore le bleu. Je ne comprends pas qu’on puisse prétendre que le bleu est froid. Et puis je n’arrive jamais à me souvenir que le point bleu sur le robinet correspond à l’eau froide ».

Premiers livres avant le millénaire. Une prédilection pour la littérature jeunesse qui s’enrichit de la rencontre avec Olivier Douzou à l’époque où ce dernier travaille pour les éditions du Rouergue. Beaucoup d’espace, une grande liberté d’expression. Il y aura trois livres réalisés à quatre mains : Merci, Va t’en et Les doigt niais. Elle accompagne Douzou à l’Ampoule quand il abandonne l’éditeur ruthénois, choisit un texte d’Herman Melville : Moi et ma cheminée.

Lili plume. Natali compose son premier livre tout-à-elle en 2004. Illustratrice que les éditeurs contactaient pour un récit ou un autre, elle proposera désormais des albums clef en main. « J’étais tellement étonnée d’arriver à raconter une histoire. J’aime vraiment la possibilité de raturer, de reprendre les mots, ce qui est impossible quand il faut illustrer le texte d’un autre ».

Douzou l’invite à raconter un drame de l’enfance. Elle met cinq ans à concevoir Sur la pointe des pieds. « C’est le seul livre dont j’aie commencé l’écriture avant le dessin. Cinq ans pour pouvoir l’éditer parce que personne n’en voulait : trop dramatique. Heureusement, il y a l’Atelier du poisson soluble ! »

Livres ou volumes ? Les seconds accompagnent les premiers, depuis Mathurin jusqu’à Zoo. Mathurin raconte une histoire de plume, encore, Natali a modelé ses protagonistes avant de les coucher sur papier. À moins que ce ne soit l’inverse. Zoo empile des animaux en deux ou trois dimensions dans des cubes que l’enfant associera par couleur, type ou motif. Livre et jeu d’artiste.

Elle adore les traces, les moulages, s’amuse de constater qu’ici, ses initiales "NF" sont partout... Ce goût de l’empreinte vient probablement de son histoire personnelle, de Québec, des salissures qu’on abandonnait derrière soi en avançant sur une neige immaculée. Utiliser un support noir, que l’on gratte pour faire apparaître le blanc, apparaît comme un contre-pied.

Natali aime les objets de transformation qu’elle transformera à leur tour. Des casseroles maltraitées à coup de masse les jours de très grande colère. Elle exhibe une espèce de pantin en anticipant la réaction du public : « il n’est pas beau du tout mais je me sens en sécurité avec lui. J’aime me souvenir de sa structure : à l’intérieur, il y a un vieux cosmétique anti-rides ». Éclats de rire. On lui pose la question de savoir s’il lui arrive d’être triste. « Ah la la... Si vous saviez ! ... La tristesse ne me dérange pas, je la trouve coulante et amicale ».

Aujourd’hui, elle réalise des marionnettes. Demain, elle souhaiterait illustrer un texte érotique. « L’écrire moi-même me semble plus compliqué que le travail pour la jeunesse ».

Propos recueillis lors d’une rencontre animée par Emmanuel Davidenkoff, centre culturel Una Volta, Bastia, avril 2009.

Le site de Natali Fortier

Ouvrages cités :

Merci (Rouergue, 2000)

Va t’en (Rouergue, 2000)

Les doigts niais (Rouergue, 2001)

Moi et ma cheminée (L’Ampoule, 2003)

Lili plume (Albin Michel, 2004)

Mathurin (Albin Michel, 2006)

Sur la pointe des pieds (L’Atelier du poisson soluble, 2008)

Zoo (L’Art à la page, 2008)

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